Rappel de l’Intervention de Yolande AMBIANA « Journée Internationale des Droits de l’Enfant » 21 novembre 2004

INTERVENTION de Madame YOLANDE AMBIANA

lors de la “ Journée Internationale des Droits de l’Enfant ” du 20 /11/2004

Organisée par l’association “ AEDEPS ”

Salle des Fêtes de Chantemerle     Moutiers sous Chantemerle   79320

Je m’appelle Yolande AMBIANA .

Mon père est Camerounais, ma mère Anglaise, et je suis de nationalité britannique.

Jusqu’en 1991, l’année de mon mariage et de la naissance difficile de ma première fille, je travaillais encore à la télévision camerounaise, comme journaliste, et je venais d’être consacrée par Radio-France Internationale, sur la scène musicale internationale.

Puis, tout s’écroule autour de moi.

Une maladie se déclare et je dois m’arracher à un foyer où sévit en force la violence conjugale, pour avoir accès à la survie, tout simplement, à 6.000 km de là, en France, où j’ai vu le jour.

Mon mari vit au Cameroun où il est un juriste renommé et fier de l’être : Professeur d’Université, bras droit du bâtonnier, membre du conseil de l’ordre, avocat d’affaires international, avocat représentant les intérêts de l’état Camerounais à l’étranger, y compris donc, la France.

Pour finir cette longue série, mon mari, avocat défenseur pour la ligue des droits de l’homme, au tribunal pénal international d’Arusha au Rwanda, a été radié pour défaut de confiance avec son client. Il vient pourtant de réussir l’exploit de faire basculer la compétence d’un tribunal français, alors que des jugements avaient déjà été rendus et qu’il ne s’est jamais présenté.

Imaginez un peu le tableau :

Monsieur me laisse en réanimation, me fait immédiatement expulser de notre appartement parisien qui lui servait de pied à terre pour recevoir ses clients (prestigieux), puis s’en va dormir au Georges V, le repos du guerrier serais-je en droit de penser !….. mais que penser de l’amour d’une femme, quand on lui susurre à l’oreille qu’un cercueil coûte finalement moins cher qu’une maison, et que penser de l’avenir d’un enfant quand on lui laisse croire que sa mère va bientôt mourir ?

Il est vrai que mon mari avait omis déjà d’inscrire mon nom sur l’acte de naissance de ma fille!

Pour ne rien vous cacher, j’ai d’autres intentions, mais je vous laisse deviner les raisons pur lesquelles j’ai fini par demander le divorce au bout de dix ans de calvaire….

Me voilà donc en chimiothérapie (tenace), tenant d’une main les conclusions de ses trois avocats qui le disent ruiné (par mon fait ), et de l’autre, la somation des huissiers qu’il a mis sur mon dos.

Pour couronner le tout, mes médecins (qui jouent à cache-cache avec moi au bout du couloir) me demandent impérativement de ranger tout cela au vestiaire !!!!

Pendant ce temps, mon avocat de mari est entrain d’accompagner au salon du livre, son nouveau client, mon employeur, le Directeur de la télévision camerounaise, auprès duquel il m’a fait débaucher quelques années plus tôt. (Jugez par vous-même )

Dans mon premier jugement de divorce dûment prononcé, j’ai le droit de voir mes enfants 2 semaines, 3 fois par an, si j’assume la charge des billets d’avion. Je n’ai aucun libre droit de visite sur place et ma famille ne peut pas les approcher (lettre de mon père en attestant) au Cameroun.

Quelques mois plus tard, je ne peux plus les voir du tout : un arrêt de Cour d’Appel m’apprend que le juge se serait trompé !

On me dit d’ailleurs qu’aucune décision ne serait applicable dans mon cas. Pourquoi, j’aimerais bien le savoir !! Et les conventions internationales, à quoi servent-elles ? Un crime n’est-il plus un crime parce qu’il est commis dans un autre état ? Si ces décisions ne sont pas applicables, pourquoi 3 avocats s’unissent-ils en chœur pour me demande de retirer une plainte en pénale ?

Je veux bien croire par extraordinaire, que mon affaire est un casse-tête chinois pour la justice qui n’aurait rien vu de semblable, mais ai-je vraiment la carrure d’une extra-terrestre ? Mystère !!

  • Mon fils est français, il a le double droit au sol,
  • Les faits imputés à mon mari, qualifiés je cite de «  fautes graves, renouvelées et exclusives » se sont produits ici même sur le sol français,
  • Encore une fois, cet homme, juriste, ne s’est jamais présenté à la justice française dans cette affaire.

Me voici comme un saucisson coupé en deux : divorcée, cela on me l’accorde, mais sans mes enfants.

D’où vient alors cette justice qui, soudain, remet en question la compétence avérée d’un juge ?

D’où vient que mon époux avocat, ayant sur le dos, deux plaintes pénales, et une dette énorme en France, ne soit nullement inquiété, mais au contraire, reçu régulièrement et impunément ici comme V.I.P., arrivé en 1ère classe, et roulant en limousine ?

La police elle-même parle d’atteinte aux Droits de l’Homme, mais plus encore aux Droits de l’Enfant, de mes enfants !

 AUJOURD’HUI, nous sommes en 2004 :

Je suis convoquée prochainement au parquet pour une affaire qui, me dit-on, n’a plus lieu d’être, où alors veut-on effacer deux plaintes pénales comme on efface une ardoise ?

Comme le disait, le Grand Homme Martin-Luther KING «  j’ai fait un rêve ». Voilà où en est la justice des Hommes.

 —oOo—

 C’est ainsi que je voyais les choses hier.

AUJOURD’HUI, au-delà des faits, je vois des êtres tout simplement ( y compris moi-même) dans ce qu’ils ont de pire et de meilleur à offrir, la vie que nous partageons ensemble, j’y vois des enfants, les vôtres et les miens.

Alors que chaque soir, depuis cinq ans, je ne fermais l’œil que pour les apercevoir dans mes rêves, mon cœur s’est adouci………et mes propos se sont nuancés avec un brin de poésie. C’est ainsi que ma vie m’a transportée au milieu d’un désert où des vents sont venus me séparer de mes enfants, des vents qu soufflent fort dans le cœur d’un père, des vents qui soufflent en nous tous.

Il est vrai que la modeste pension que me doit toujours mon mari, m’aurait permis de faire venir mes enfants, s’il avait bien voulu me les présenter, mais tout l’argent du monde ne sera jamais une victoire pour moi.

A combien, peut-on évaluer l’enfance volée, l’enfer d’un enfant ?

Priver un enfant de l’un de ses parents, c’est lui donner une gamelle avec une partie de lui-même à manger.

Quelle serait notre vie si j’étais restée avec eux ? Elle ne serait plus, tout simplement, je le sais, mes médecins aussi.

Quelle serait notre vie si j’avais pu rester avec eux, je ne le saurai jamais, mais ce que je sais c’est que je suis de tout cœur auprès d’eux, en chaque instant.

Vous me voyez séparée de mes enfants, mais le poids des années m’aidant, le lien le plus puissant qui soit a pris consistance entre mes mains, un cordon qui n’a de limite que ma foi en la vie. Il n’est pas un coin de cette terre où mon amour ne peut les toucher, et il en est de même pour bien d’autres que moi.

Certains d’entre nous n’ont pas cette chance, vivant au quotidien, dans le luxe parfois, aux côtés d’un enfant, dont le sourire ne fleurira jamais devant eux.

Cette distance là, est la séparation la plus difficile à franchir, mais il y a des chances qu’elle ne soit qu’une blessure, si profonde soit-elle, même si elle bouleverse nos vies, celle de nos enfants, même si elle nous désarçonne et nous remet en question.

Mon fils a eu il y a 4 ans au téléphone, ce mot merveilleux : « ma Maman, pourquoi tu ne demandes pas à papa nos billets d’avion, tu sais lui, il va tout le temps prendre l’avion (quand) il va travailler beaucoup !

Il m’a arrosée ce jour-là d’un rire que j’entendrai toujours (avec la même intensité : du pur bonheur en concentré)

Nul ne sait au fond, d’où naît un enfant, notre enfant. Comment alors, saurions-nous couper un cordon que nous ne voyons qu’avec nos yeux,  je vous le demande ?

Un enfant est toujours notre enfant, disait mon père, même si on coupe le cordon qui le lie à sa mère, même si elle le coupe elle-même.

Au Cameroun d’où je viens, en Afrique, c’est bien simple. C’est la tribu toute entière qui met au monde, la Mère c’est la porte où apparaît un enfant.

J’en ai retrouvé un écho plus vaste encore dans un ouvrage du poète libanais Khalil GIBRAN quand il dit : « nos enfants ne sont pas nos enfants ……. »

On ne s’approprie pas le sang !

En ce qui me concerne, je viens devant vous enfanter une deuxième fois, et c’est très douloureux……..

Parler de mon voisin, ça, je sais faire, parler de ma chair je ne sais plus. Ce n’est pas mon lien avec mes enfants qui s’est rompu, c’est moi-même qui me suis cassée en mille morceaux. Car, combien de fois, suis-je allée puiser, au cœur de l’épreuve, dans le regard d’un enfant, la force de me lever, pour refaire un chemin qu’il a emprunté sans moi, dans le pardon, car il sait tout pardonner quand il est petit si on l’aime assez.

C’est très délicat pour moi de parler de la souffrance des autres, la vôtre, parce que le désarroi isole et que la souffrance est une prison où chacun vit à sa manière.

Si pour vous, ma parole a eu quelques attraits de vérité, alors je ne vous apprends rien, je vous apporte seulement le son de ma petite cloche, car cette histoire vous la connaissez mieux que quiconque, et je vous remercie de l’avoir écoutée.

 —oOo—

 En 2015, le mot du Bureau :

Depuis cette affaire, en matière de Justice familiale, pas grand-chose de changé, nous constatons toujours des erreurs, toujours des passe-droits selon les adversaires, comme dans le dossier ci-dessus ou, d’un côté on protège, de l’autre on détruit… !

Il y a des enfants en souffrance, des parents, grands-parents aussi et, malheureusement, souvent sont utilisés par les Conseils des uns ou des autres, des griefs qui sont un tissu de mensonges que l’on veut faire « gober » aux magistrats.

Le pire, c’est lorsque un enfant est manipulé par un des parents dans le but de nuire à l’autre, ou aux grands-parents qui sont privés injustement de leurs petits-enfants.

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